La Fédération Française de Santé au Travail,
Un réseau de sociétés, instituts et groupements pour la santé au travail
Publications > Publication

Présentation des divers métiers du funéraire et de leurs risques professionnels

Résumé : Ce travail décrit chaque poste de travail concernant dix professions différentes dans le domaine du funéraire et leurs risques professionnels. Les divers métiers sont abordés dans un ordre chronologique d'intervention. Le premier intervenant qui prend contact avec une famille endeuillée est l'assistant funéraire. Ensuite, découle toute une procédure qui fait intervenir les agents de la Maison funéraire, les thanatopracteurs, les fossoyeurs, les porteurs et le maître de cérémonie, le conservateur de cimetière ou le personnel du crématorium, les marbriers, les poseurs de monuments funéraires, les graveurs de monuments.
Thème : Conditions de travail
Mots-clés : métiers du funéraire, risques professionnels
Date de création : Juin 2002
[société] Société de Médecine et de Santé au Travail de Normandie - SMSTN 
Auteur: Dr Natahlie GUIBE-HUBERT
AIPST - 10 av 43ème Régiment d'Artillerie - 14000 CAEN

Les différents métiers du funéraire - Description et risques professionnels
 

1. Introduction
2. L'assistant funéraire
3. Les agents de la Maison funéraire
4. Les thanatopracteurs
5. Les fossoyeurs
6. Les porteurs et le maître de cérémonie
7. Conservateur de cimetière
8. Le personnel du crématorium
9. Les marbriers
10. Les poseurs de monuments funéraires
11. Les graveurs de monuments funéraires
12. Conclusion

BIBLIOGRAPHIE

1. Introduction

Les familles en deuil ressentent à l'heure actuelle un besoin extrême d'assistance. Les entreprises de pompes funèbres sont donc investies d'une mission plus complexe de prise en charge complète de l'organisation des funérailles. La qualité du service rendu doit être irréprochable, car de l'assistant funéraire jusqu'au poseur de monuments, on attend d'eux l'acte parfait.

Cependant, d'une manière générale, l'image des professionnels du funéraire dans l'opinion n'est pas bonne. La mort reste un sujet tabou et tous ceux qui vivent quotidiennement avec elle et grâce à elle sont considérés comme suspects. Le funéraire dans sa globalité est une profession tue, dans le sens ou elle s'exprime peu. Derrière la façade commerciale des entreprises de pompes funèbres, quel genre de professionnels sont-ils?

Le but de ce travail est alors de décrire le plus fidèlement possible chaque poste de travail concernant dix professions différentes dans le domaine du funéraire, et de mieux connaître leurs risques professionnels. Les divers métiers sont abordés dans un ordre chronologique d'intervention. En effet, le premier personnage qui prend contact avec une famille endeuillée est l'assistant funéraire. Ensuite, de lui découle toute une procédure qui fait intervenir les agents de la Maison funéraire, les thanatopracteurs, les fossoyeurs, les porteurs et le maître de cérémonie, le conservateur de cimetière ou le personnel du crématorium, les marbriers, les poseurs de monuments funéraires, les graveurs de monuments.

2. L'assistant funéraire

2.1 Description de l'activité d'un assistant funéraire

Il est le premier contact de la famille endeuillée. Il a en même temps une fonction d'agent commercial puisqu'il vend une prestation, et de coordinateur. Les obsèques doivent avoir lieu dans un délai de 24H à 6 jours maximum après le décès. Il faut donc qu'il prenne rapidement contact avec (1):

L'assistant a aussi un rôle d'écoute, d'accompagnement auprès des familles, qui comptent sur sa compétence et son expérience pour que tout se déroule parfaitement. Il doit aussi expliquer aux personnes endeuillées les différentes étapes des obsèques.

Il est soumis à des astreintes de nuit, de week-end et de jours fériés pendant lesquelles il peut soit conseiller et rassurer par téléphone, soit être amené à se déplacer lorsque le décès a eu lieu à domicile et qu'un transfert de corps à la Maison funéraire est souhaité.

Dans certaines entreprises de pompes funèbres, il doit être polyvalent. Il peut donc avoir d'autres fonctions comme celle de maître de cérémonie, d'ambulancier funéraire, de fossoyeur ou de porteur. Il peut faire des toilettes funéraires.

2.2 Risques professionnels de l'assistant funéraire

On se rend finalement compte que l'assistant funéraire exerce un métier où diplomatie et don d'organisation sont primordiaux. Il a une charge mentale importante, mais il doit toujours donner l'impression de disponibilité et de sérénité. Le contact permanent avec des personnes endeuillées peut diminuer sa capacité de résistance psychologique.

Mais, il ne faudrait pas oublier que ce professionnel du funéraire peut être amené à manipuler des corps lors de transferts. Il porte alors des gants et une blouse car il est exposé à des risques infectieux potentiels. Ses vaccinations DTP, BCG et hépatite B doivent être à jour.

3. Les agents de la Maison funéraire

La Maison funéraire est un lieu d'accueil des défunts et de leur famille. C'est une alternative au domicile familial de moins en moins adapté à la présence d'un défunt. Les personnes décédées sont accueillies pendant 2 à 3 jours jusqu'à la mise en bière et l'inhumation ou la crémation. Toute personne décédée soit à son domicile, soit dans un établissement de soins ou de repos, peut être accueillie à la Maison funéraire. De même pour les personnes décédées sur la voie publique, après autorisation des autorités de police.

3.1 Description du poste de travail des agents de la Maison Funéraire

Les agents ont une mission d'accueil des familles, de préparation des défunts en vue de leur présentation. Les corps des personnes décédées peuvent avoir bénéficié de soins de conservation ce qui permet alors de les laisser en permanence dans un salon de présentation réservé, sur une table, ou dans un cercueil. Ceux qui ne bénéficient pas de soins de conservation peuvent reposer sur des tables réfrigérantes toujours en salon de présentation, ou alors être déposés dans les cellules réfrigérées en dehors des moments où ils sont présentés à la famille.

Les agents funéraires ne participent pas aux soins de conservation et ne font qu'exceptionnellement des toilettes mortuaires. Par contre, ils sont soumis à des gardes pour les transports des corps du lieu de décès vers la Maison funéraire. Ils deviennent alors ambulanciers funéraires. Ils peuvent donc intervenir en tout lieu et en toutes circonstances, même après réquisition des autorités de police.

D'autre part, les employés de la Maison funéraire sont responsables de la propreté des locaux. Ils nettoient donc les sols des salons, les couloirs et la salle de préparation des corps mais aussi les cases réfrigérantes avec des produits antibactériens, désinfectants.

3.2 Risques professionnels des agents de la Maison funéraire

Le poste de travail des agents de la Maison funéraire les expose aux affections chroniques et accidents du rachis lombaire, provoqués par la manutention des défunts.

Outre le risque ostéo-articulaire, la manipulation des corps les expose aux dangers infectieux. Ce danger est encore plus présent lors d'interventions sur réquisition des autorités de police. Les personnes décédées sur la voie publique ou par noyade peuvent être amenées à la Maison funéraire. Dans ce cas, ils ne disposent pas d'informations médicales; l'existence ou non de maladie contagieuse n'est pas connue. Lors de la manutention des corps à la Maison funéraire, ils portent des gants à usage unique. Quand ils font des transferts de corps, ils revêtent en plus une blouse. Une bonne protection vaccinale est vivement recommandée pour ces professionnels, en particulier DTP, BCG, et hépatite B

Une autre partie de leur fonction est le nettoyage. Par l'utilisation d'agents désinfectants, bactéricides, ils peuvent présenter des lésions cutanées de mécanisme allergique. Mais ils portent aussi des vêtements de protection pour cette fonction ce qui diminue ce risque.

Par la fonction même d'agents de la Maison funéraire, ils reçoivent pendant plusieurs jours les membres d'une famille en deuil. Ils doivent être présents pour les accueillir mais aussi pour les réconforter. Ils ne parlent pas de la souffrance morale que peut engendrer ce contact permanent avec des familles endeuillées et leurs défunts. Par contre, les gardes de nuit et de jours fériés pour les transports de corps semblent les affecter plus, pouvant être la cause d'une fatigue physique et psychologique.

4. Les thanatopracteurs

4.1 Définition de la thanathopraxie

La thanatopraxie, du grec Thanatos : génie de la mort, et praxere : manipuler, traiter, est un ensemble de moyens et techniques mis en oeuvre pour la conservation des corps. C'est la forme moderne de l'embaumement (30). Les soins du corps actuels répondent avant tout à une fonction hygiénique et esthétique. Elle arrête pour un certain temps la décomposition des corps par l'injection d'un liquide antiseptique et par le maquillage elle donne un aspect serein et détendu au défunt.

4.2 Description de l'activité d'un thanatopracteur

Le thanatopracteur injecte les produits de conservation grâce à un tube artériel recourbé introduit dans la carotide droite. (Quand la mise à nu de la carotide est impossible, l'incision artérielle est faite en axillaire) Les fluides artériels utilisés en dilution avec de l'eau contiennent du formaldéhyde et du méthanol.
Par l'intermédiaire d'un trocart introduit par voie abdominale, le sang du défunt est aspiré directement du ventricule droit. Par ce trocart, sont aussi aspirés les fluides des cavités abdominale et thoracique, avant l'injection d'un produit plus concentré en formol.

Quand le soin proprement dit est fait (après l'injection de 6 à 7 litres de liquide de conservation), le thanatopracteur prépare le défunt. Il comble les fosses nasales avec du coton, ferme la bouche avec un fil. Parfois, une colle cyanoacrylate sera utilisée en complément pour la bonne fermeture des lèvres et des paupières. Le visage, les oreilles, le cou et les mains sont massés avec une crème hydratante. Puis, le visage est légèrement maquillé, les cheveux coiffés après l'habillage.

Le thanatopracteur peut faire des reconstructions faciales, intervenir après des autopsies, toujours pour rendre une personne décédée présentable aux yeux de sa famille.

Il exerce dans les morgues hospitalières ou des maisons de retraites, dans les Maisons funéraires, mais aussi à domicile dans des conditions parfois difficiles.

4.3 Risques professionnels des thanatopracteurs

Par l'utilisation de fluides de conservation à base de formaldéhyde et de méthanol, le thanatopracteur est exposé à des risques toxicologiques. Le formaldéhyde est irritant pour les yeux et les voies aériennes supérieures. C'est aussi un allergène puissant cutané et respiratoire, responsable d'eczéma, d'urticaire, d'asthme (16) (26). Il appartient au groupe 2A de la classification du CIRC, c'est à dire qu'il est considéré comme un cancérogène probable pour l'homme (cancers rhinopharyngés) (33).
Le méthanol est un solvant organique de la famille des hydrocarbures oxygénés. Il est irritant pour la peau et les muqueuses, possède un pouvoir ébrio-narcotique.
Les fluides de thanatopraxie sont donc des produits toxiques par inhalation, par contact avec la peau et par ingestion (phrases de risque R 23/24/25). Mais, les thanatopracteurs travaillent toujours avec une blouse ou une casaque, des gants et ne sont pratiquement jamais en contact avec les produits. Par contre, l'inhalation de vapeurs peut se faire au moment du remplissage des poches avec les fluides de conservation (11) et lors de ruptures accidentelles de celles-ci.

Les autres produits utilisés sont des colles à base de cyanoacrylate. Elles peuvent être responsables de rhinite allergique et d'asthme.

Le risque professionnel le plus grave est encore actuellement l'exposition potentielle aux agents biologiques avec le risque de transmission de pathologies infectieuses lors d'une blessure par les aiguilles à suture ou les tubes d'injection-aspiration. Ce risque existe surtout lors de la manipulation du trocart abdominal. Les projections de sang sont extrêmement rares. Elles peuvent se produire lors de la manipulation de poches mal fermées contenant des fluides corporels.

En France, la pratique des soins de conservation est interdite depuis 1986 sur les corps de personnes décédées de variole et autres orthopoxviroses, de choléra, de charbon, de fièvres hémorragiques virales, de peste, d'hépatite virale (sauf A confirmée), de rage et de SIDA (31). L'arrêté du 20 juillet 1998 permet d'étendre cette interdiction aux corps des personnes décédées de maladie de Creutzfeldt-Jacob et de tout état septique grave.(III). Mais la cause du décès n'est pas toujours connue. La notion de maladie contagieuse peut être aussi inconnue lorsque la cause du décès est accidentelle (par exemple, mort par noyade, ou dans un accident de la voie publique, d'un sujet porteur du virus VIH ou de l'hépatite C). Le risque de transmission de ces maladies est donc toujours présent. D'autres pathologies infectieuses moins graves peuvent être transmises lors des piqûres, en particulier des staphylococcies, (7) et autres infections cutanées. Des cas de tuberculose pulmonaire, transmise lors des soins de conservation, chez des thanatopracteurs ont été rapportés. La transmission aurait pu se faire par expulsion d'air contaminant de la bouche du défunt, lors de la mobilisation de celui-ci (14) (19).
Une vaccination appropriée est donc fortement recommandée chez les thanatopracteurs (Diphtérie-Tétanos-Poliomyélite-BCG-Hépatite B), en plus de l'équipement de protection.

Les autres risques professionnels sont les risques de pathologie rachidienne. Lors de l'habillage de la personne décédée, le thanatopracteur peut se retrouver dans des conditions difficiles (surtout à domicile) l'exposant aux risques d'accidents dorso-lombaires.

Les thanatopracteurs aiment leur métier. Donner un aspect serein à un défunt,le rendre présentable aux yeux de sa famille, tout cela est pour eux extrêmement important. On ressent chez eux une certaine fierté, mais ils parlent peu de la charge psychologique qui pèse sur eux.

5. Les fossoyeurs

5.1 Description de l'activité des fossoyeurs

Les fossoyeurs accomplissent l'une des tâches les plus ingrates dans ce domaine qu'est celui de la gestion de la mort. La base de leur travail est de creuser une fosse pour déposer le défunt (inhumation) ou pour retirer un corps (exhumation).

Pour l'inhumation en pleine terre, les fossoyeurs sont chargés d'aménager un espace dans le sol de la concession ou du terrain commun pour recevoir le cercueil. La fosse en pleine terre fait 2 m de longueur, 0,8 m de largeur, pour une profondeur allant de 1,50 m à 2 m selon les cimetières. Le creusement d'une fosse équivaut à la manutention de 2,5 à 4,5 m3 de terre et de cailloux. Ce travail peut se faire manuellement avec pelle, fourche et pioche ou avec l'aide de pelles mécaniques. Les fossoyeurs peuvent même travailler avec un marteau piqueur, dans des sols gelés ou des zones asséchées par la présence d'arbres. Lorsque le terrain est très souple, humide et qu'il existe un risque d'effondrement, des étais sont placés de chaque côté de la fosse dans le sens de la longueur.
Pendant la cérémonie, les fossoyeurs sont présents, mais discrets restant à l'écart. Ils attendent généralement le départ des familles pour combler les sépultures.

Les exhumations sont administratives, secondaires à l'expiration des concessions, aux enquêtes judiciaires. Elles peuvent être faites à la demande de la famille pour le transfert du corps vers une autre sépulture ou pour faire de la place dans celle existante.
L'exhumation n'est pas un événement anodin. En fonction de l'ancienneté de la sépulture, de la nature du cercueil, de la présence d'une housse mortuaire, de l'humidité et de l'acidité du sol, le cercueil et le corps sont dans un état de dégradation plus ou moins avancé. Lorsque le cercueil est trouvé en bon état de conservation au moment de l'exhumation, il ne peut être ouvert que s'il s'est écoulé 5 ans depuis le décès (Article R.2213-42 du Code général des Collectivités Territoriales). Lorsque le cercueil est trouvé détérioré, le corps est alors placé dans un autre cercueil ou dans un ossuaire selon son état de décomposition. C'est à ce moment qu'il y a manipulation de cadavres putréfiés.
Les exhumations sont, pour les professionnels du funéraire, des moments extrêmement pénibles, surtout lors de la manipulation de corps en voie de décomposition. Les odeurs sont intolérables parfois, presque asphyxiantes selon certains.

Une autre partie de l'activité des fossoyeurs est la démolition des monuments abandonnés 2 ans après l'expiration de la concession. Ils cassent donc à la masse ou avec un tractopelle, des monuments en plastique, en granito, en granit ou en marbre.

5.2 Risques professionnels des fossoyeurs

Les fossoyeurs sont exposés à des risques chimiques et bactériologiques lors des exhumations.

La décomposition des corps produits de l'eau et de nombreux gaz : des mercaptans en quantité importante, mais aussi de l'ammoniac, de l'hydrogène sulfuré, de l'azote, du gaz carbonique, de la triméthylamine (4). Cette production de substances gazeuses varie au cours du temps et est très importante en période estivale (18). Ces gaz de putréfaction ont une odeur très forte, répugnante, qui imprègne vite les vêtements. Il n'y a pas de protection efficace pour lutter contre ces odeurs. Les mercaptans sont irritants pour l'oeil et les voies respiratoires. L'effet d'une exposition répétée à faible dose est mal documenté. Elle pourrait être à l'origine d'asthénie, de céphalées, de nausées (33). L'ammoniac est responsable de signes irritatifs oculaires, O.R.L. et trachéobronchiques à partir de concentrations comprises entre 70 et 100 ppm. L'hydrogène sulfuré est un puissant irritant de l'oeil et des voies respiratoires. L'inhalation répétée de faibles concentrations pourrait provoquer des troubles neuropsychiatriques évoquant un syndrome psycho-organique (33). L'inhalation de concentrations comprises entre 3 et 8% de dioxyde de carbone est responsable de malaises avec vertiges, céphalées , confusion mentale, lipothymies. La triméthylamine produite par la flore digestive, fait partie des amines aliphatiques dont les vapeurs ou aérosols pourrait engendrer des manifestations respiratoires de type allergique (rhinite, asthme) (33).

Mais existe t'il réellement un risque d'intoxication par ces gaz lors de l'ouverture d'une fosse et d'un cercueil ? Selon certains auteurs, en dehors des désagréments que procurent ces gaz de putréfaction, il n'y aurait pas de toxicité vraie. Seuls quelques rares sujets seraient parfois allergiques à certains types de putréfaction (23) (24).

La nécrologie bactérienne est le fait de la flore anaérobie de notre organisme même : elle est hébergée dans nos cavités naturelles essentiellement digestives et génitales, et commence à proliférer dès la mort. Les germes diffusent rapidement dans les humeurs cadavériques : ce sont les clostridium, mais aussi une flore pathogène banale, bacilles gram positifs, et en début de décomposition des germes gram négatifs. Le risque de piqûre septique existe, surtout avec les cercueils en zinc et les clous. Ce type de blessure avec des bactéries cadavériques est souvent grave, nécessitant une antibiothérapie rapide et efficace (apparition fréquente de phlegmons et d'abcès) (23) (24). L'exhumation d'un corps nécessite parfois le pompage de l'eau stagnante de la fosse. Un cercueil peut être entièrement submergé par l'eau. Le risque de transmission du virus de l'hépatite A et de la leptospirose peut exister lors du contact avec cette eau stagnante (12).
Les fossoyeurs portent donc des protections individuelles : bottes de sécurité antiperforation, gants en caoutchouc à manchette et combinaisons jetables qui sont détruites après chaque exhumation.
L'exhumation est pour les fossoyeurs, le moment le plus mal vécu de leur profession.

Les risques physiques et traumatologiques sont liés d'une part aux activités de creusement, et d'autre part aux activités de démolition des monuments funéraires.
Creuser une fosse à la pelle, c'est avant tout creuser dans un espace restreint, avec des contraintes physiques, posturales et gestuelles importantes, augmentant au fil du creusement. Cette activité de terrassement particulier peut être encore plus difficile selon les conditions climatiques. D'après l'étude de Marie-Laure Louangvannasy (19), l'activité de creusement manuel est ressentie globalement comme une charge physique plutôt lourde à intense.
Cette activité de creusement manuel expose les fossoyeurs aux affections périarticulaires des membres supérieurs et aux affections chroniques du rachis lombaire.
L'utilisation de la minipelle pour le creusement peut être mise en cause dans l'apparition d'affections rachidiennes dues à la transmission de vibrations corps entier.
La démolition des monuments à la masse est une activité très physique, exposant les fossoyeurs à des accidents ostéoarticulaires et oculaires. En effet, lors de la destruction à la masse, des morceaux de granit ou de pierre peuvent être projetés à distance et être responsables de blessures oculaires. Des lunettes de protection devraient être portées afin d'éviter ce type d'accident.

6. Les porteurs et le maître de cérémonie

6.1 Description du poste de travail des porteurs

Le travail des porteurs des pompes funèbres consiste à transporter manuellement le cercueil contenant le corps du défunt du domicile, de la morgue de l'hôpital ou de la maison de retraite au corbillard, puis du corbillard à l'église éventuellement et au lieu de sépulture.
Les porteurs travaillent en équipe de 4, et pour les trois-quarts d'entre eux, ils sont aussi chauffeurs possédant un permis de conduire B. Dans les grandes entreprises, les porteurs sont des salariés à temps plein. Mais, dans les petites entreprises de pompes funèbres, on trouve souvent des retraités payés à la vacation. C'est un métier qui nécessite une grande disponibilité.

Lors de la mise en bière, les porteurs soulèvent le corps du défunt, le portent et le reposent dans le cercueil. Ensuite ils ferment le cercueil, avant de le transporter. Leur travail comporte le soulèvement et la manutention de poids importants pouvant aller jusqu'à 200-250kg, très souvent dans des espaces limités. Ils sont parfois obligés de passer un cercueil par la fenêtre, ou de le porter à 2 dans un escalier étroit en colimaçon, ou dans les cimetières où il y a peu d'espace entre les sépultures.(28) Les porteurs installent le cercueil dans l'église sur des tréteaux et disposent les fleurs tout autour. Au cimetière, grâce à un système de cordages dont les crochets sont attachés aux poignées du cercueil, ils le descendent dans la fosse ou le caveau.
C'est un métier à très forte charge physique par à coups, sans possibilité d'échauffement, où la coordination des mouvements ne peut se faire que par signes ou échanges verbaux discrets.
Il existe plusieurs techniques de portage :

Les aides mécaniques à la manutention des cercueils sont peu utilisées. Une sorte de civière roulante peut aider à sortir le cercueil du véhicule, mais il faut ensuite le porter jusque dans l'église ou l'emplacement réservé au cimetière.

L'équipe de 4 porteurs n'est pas toujours accompagnée d'un maître de cérémonie. Dans ces cas, l'un des porteurs fait office de maître de cérémonie. Il place la famille et l'assistance dans l'église, il assiste le prêtre. Au cimetière, il peut proposer à l'entourage familial de se recueillir autour du cercueil. Il remet ensuite les cartes de condoléances qui étaient accrochées aux fleurs ou aux articles funéraires.

Les porteurs peuvent être amenés à accomplir d'autres tâches :
Un des porteurs peut faire office d'ambulancier funéraire pour le transfert des corps. Il peut transporter des corps dans des housses mortuaires si le décès date de moins de 24H ou dans un cercueil fermé et scellé si la date du décès est supérieure à 48H. L'ambulancier funéraire travaille seul, et conduit sur de longues distances.
Les porteurs peuvent effectuer des exhumations après un décès récent lorsque le cercueil doit être mis dans un caveau provisoire, en attendant la construction d'un caveau définitif.

6.2 Risques professionnels des porteurs

Selon l'étude de Alcouffe et al. (1), le portage à la poignée qui entraîne une torsion du rachis est à proscrire sur le plan cardiovasculaire. Il entraîne des niveaux de fréquence de 84 à 109% de la Fréquence Maximale Théorique pour le 99ème percentile, alors qu'il est déconseillé de dépasser 70% dans le cadre de la vie professionnelle. Le portage au bois implique une torsion encore plus importante du rachis par rapport à un simple portage à la poignée. Cette technique est ressentie comme la plus pénible par ceux qui la connaissent. Lors du portage à l'épaule, le rachis est en rectitude, et les pointes de la fréquence cardiaque seraient moins importantes que lors des autres techniques de portage. Mais l'application directe du poids sur l'épaule peut déterminer tant des états de souffrance du muscle trapèze supérieur et en conséquence de l'étage cervical du rachis, que des phénomènes dégénératifs des articulations acromio-claviculaires et scapulo-humérales.
Occhipinti et al. (28), ont montré chez les porteurs de pompes funèbres, l'existence d'un haut risque de pathologies dégénératives chroniques du rachis, vraisemblablement attribuable aux efforts physiques imposés par le transport manuel de charges lourdes.

Par la manipulation des corps lors des mises en bière, les porteurs sont exposés aux risques infectieux. Le risque de transmission de pathologies diverses existe surtout si un contact avec les fluides corporels a lieu. Ce risque est maintenant minimisé avec le port de gants à usage unique qui est vivement recommandé. Ils doivent bien sûr être correctement vaccinés.

Ils sont confrontés quotidiennement à la tristesse des familles. Leur comportement peut paraître sinistre, mais ils adoptent une attitude de circonstance. Il faut faire preuve de tact, de discrétion. Ils sont aussi soumis à des règles draconiennes de ponctualité et de comportement. Les porteurs savent en effet que le moindre retard, le moindre geste malheureux peut avoir de lourdes conséquences sur l'appréciation que la famille portera sur le service qui lui est rendu. Ces contraintes de temps sont parfois mal ressenties, génératrices de troubles en rapport avec le stress, surtout lorsque le contretemps est imputable à des causes extérieures (comme le retard d'une famille, le retard du représentant de la commune qui doit apposer les scellés sur le cercueil avant le transport du corps, ou simplement la panne d'un véhicule).

La manipulation de compositions florales (couronnes, raquettes, coussins, bouquets) peut être parfois à l'origine d'allergie cutanée ou respiratoire.(2)

7. Conservateur de cimetière

Les emplois de gardien de cimetière sont des emplois communaux dont la création relève de la compétence du conseil municipal. La première fonction du conservateur de cimetière est de renseigner et de guider : renseigner les entreprises de pompes funèbres, guider les visiteurs. Il emmène les cortèges jusqu'au lieu de sépulture. Il surveille les interventions des différentes entreprises de pompes funèbres et doit être capable de régler les problèmes rapidement (par exemple : que faire devant la chute imminente d'un monument mitoyen d'une fosse récemment creusée?), tout en respectant les procédures administratives.
Il assiste à toutes les cérémonies funéraires (inhumations, exhumations, relèves).

Sa deuxième attribution est administrative, car toutes les opérations funéraires sont notées sur des cahiers. Le conservateur de tient à jour le classeur des fiches individuelles de chaque personne décédée inhumée dans le cimetière.

Dans les grands cimetières, les conservateurs ne s'occupent pas de l'entretien, ce sont des employés des espaces verts. Par contre, dans les villes plus petites, le gardien peut être amené à utiliser des produits désherbants pour nettoyer les allées. Il manie le râteau et la binette toute l'année. Il ne nettoie pas les sépultures mais il peut fleurir les tombes qui sont abandonnées.

Il n'a jamais de contact avec les corps des personnes décédées. Parfois, il peut aider un poseur si celui-ci est seul et à besoin d'aide pour la pose ou la dépose d'un monument.

La dernière fonction,à laquelle il consacre beaucoup de temps, est l'écoute. Nombreux sont ceux, qui viennent lui parler. Il entend les malheurs des uns et des autres, parfois donne des conseils pour apaiser la souffrance de certains. Il devient alors le confesseur, puis finit par avoir un rôle de soutien psychologique.

Dans les grands cimetières, le conservateur subit les contraintes liées à l'attribution d'un logement de fonction. Il doit à ce moment loger dans le cimetière, avec toutes les servitudes que cela implique. Sa vie sociale et celle de sa famille peuvent être perturbées par le fait du lieu de leur résidence.

Le conservateur de cimetière n'a pas de risque professionnel spécifique. Mais, la participation à toutes les cérémonies funéraires et le contact quotidien avec des personnes endeuillées peut engendrer une charge émotionnelle difficile à supporter.

8. Le personnel du crématorium

La crémation connaît aujourd'hui une faveur grandissante. En France, il y a eu pendant l'année 2000, 93412 crémations, ce qui représente 17,42% des décès (par comparaison, en 1979, le nombre de crémation a été de 5000).

8.1 Description du poste de travail du personnel du crématorium

Le responsable du crématorium et son collaborateur sont polyvalents, c'est à dire qu'ils exercent à tour de rôle ou successivement le rôle de maître de cérémonie et de conducteur de four.

En tant que maître de cérémonie, la principale activité est l'accueil des familles et l'organisation de la cérémonie de recueillement. Pendant cette cérémonie sont lus des textes et sont diffusés des musiques ou chants choisis en fonction de la personnalité du défunt, et des désirs de la famille. A l'issue de la cérémonie qui aura duré de 20 à 45 minutes lorsque les obsèques sont civiles, il dirige la sortie de l'assistance alors que le cercueil est conduit vers la salle des fours. Il invite les personnes qui le désirent à assister à la mise à la flamme du cercueil par l'intermédiaire d'un système vidéo. Après la remise de l'urne funéraire, il peut accompagner les familles jusqu'au jardin du souvenir où sont dispersées les cendres.
Le maître de cérémonie doit savoir être accueillant, réconfortant tout en restant discret et efficace. Il doit donc posséder de grandes qualités humaines et relationnelles.

Après le maître de cérémonie, intervient le conducteur de four. Le cercueil initialement posé sur un catafalque est poussé jusqu'à l'installation. L'introduction du cercueil dans le four est mécanisée et se fait très rapidement, en quelques secondes. La porte se referme automatiquement et la crémation s'opère. Une crémation dure en moyenne de 1H30 à 2H. Les fours alimentés au gaz, sont préchauffés entre 700 et 900°C pendant 1H30 à 2H. Le conducteur de four surveille la flamme ainsi que les voyants de contrôle. Pour chaque four, il existe une chambre de combustion et une chambre de postcombustion permettant le captage et le retraitement des fumées. Il n'y a donc aucune émanation de fumées, de gaz dans la salle de crémation. Il n'y a pas de dégagement de chaleur sauf à l'ouverture des fours. Lorsque le corps est complètement consumé, le conducteur de four ouvre la porte arrière et les restes de la crémation (en particulier les os) sont recueillis dans un réceptacle permettant leur refroidissement, grâce à un ringard manipulé avec des gants thermorésistants. Les objets métalliques sont ensuite recueillis avec des pinces pour être déposés dans un récipient prévu à cet effet. Les os sont ensuite placés dans un broyeur pour la pulvérisation, et les cendres sont alors directement versées dans l'urne.

8.2 Risques professionnels du personnel du crématorium

Le personnel du crématorium n'a pas de risque physique dû à la manutention de charges lourdes, puisqu'il ne porte à aucun moment le cercueil.

Par contre, existe t'il un risque toxique par inhalation de poussières?
Selon l'étude de Korczynski (17), les poussières provenant de la crémation sont reconnues comme non toxiques, appartenant au groupe des particules autrement classées, ne contenant ni fibres d'amiante, ni silice cristalline. La question que se sont posés certains agents de plusieurs crématoriums d'une province du Canada, était l'existence ou non d'un risque de contamination par des poussières radioactives lors de la crémation de personnes décédées d'un cancer et traitées par éléments radioactifs.
Il n'y a pas de poussières voltigeant dans l'air au moment de l'ouverture du four lorsque les restes des corps calcinés sont récupérés avec le ringard. Au moment de la pulvérisation, par contre, l'exposition aux poussières peut avoir lieu, si les broyeurs ne sont pas complètement fermés. Mais les agents du crématorium portent un masque anti-poussière lors de la pulvérisation. De même, ils portent un masque et des gants à l'ouverture du four. Le risque toxique par inhalation de poussières même radioactives semble donc minime.

On se rend compte finalement que le personnel du crématorium est essentiellement soumis à une charge mentale importante du fait du contact exclusif avec des personnes endeuillées. De plus en plus fréquemment, les agents du crématorium doivent faire face à l'agressivité de certaines familles et gérer des situations embarrassantes (familles qui se disputent ou même se battent pendant la cérémonie de recueillement).

9. Les marbriers

Actuellement, les monuments funéraires sont presque toujours en granit.
Le granite et la plupart des roches similaires se distinguent par leur grande dureté (résistance aux chocs, à la compression et surtout à l'usure). Ils sont susceptibles de prendre le poli et de le garder durablement (13). C'est une roche dite acide, car elle contient beaucoup de silice.

9.1 Description du travail des marbriers

Les marbriers débitent et façonnent les blocs de marbre ou de granit à l'aide de machines qui sont de plus en plus souvent sous le contrôle direct de systèmes informatisés.

La manutention des blocs de granit pesant en moyenne 10 à 12 tonnes est possible d'un endroit à l'autre de l'atelier grâce à un pont roulant. Le sciage primaire des blocs est assuré par une machine à fil (fil de 30 m) ou à disque diamantés. Il faut à peu près 4 heures pour scier un bloc de granit. Chaque panneau obtenu après sciage du bloc brut est découpé, façonné toujours de façon automatisée. Quand l'élément a sa forme définitive, il est poli. Le polissage à plat des éléments se fait grâce à un automate pouvant polir plusieurs pièces simultanément. Ce polissage se fait progressivement en 1 heure avec 5 jeux de meules différentes à grains de plus en plus fins. Il faut l'intervention d'un polissoir à chants pour le polissage des côtés. Parfois, c'est avec une ponceuse hydraulique à main que la pièce est polie, surtout lorsqu'elle est très ouvragée. Certains granits (en particulier les noirs ) ne peuvent être polis qu'avec un feutre et de la potée (poudre d'abrasif en grains fins qui peuvent être des grains de diamant ou d'étain, dans des résines ou céramiques). Le polissage avec des tresses contenant des feuilles de plomb ou avec de la potée au plomb, ne se fait plus (6). Toutes les activités de taille, de découpe et de polissage se font à l'humide. Pendant cette activité, l'eau est régulièrement évacuée avec une raclette ou une soufflette, afin de contrôler le bon déroulement du polissage.

Les marbriers peuvent aussi réparer des pièces de granit ou de marbre. Ils utilisent pour cela des colles spéciales et des tiges en fibre de verre incluses dans le morceau cassé pour assurer la stabilité.

9.2 Risques professionnels des marbriers

La taille et le polissage de roches renfermant de la silice exposent les marbriers aux risques d'apparition de silicose et autres pneumoconioses, fibrose interstitielle d'apparence primitive ; mais aussi d'affections rhumatologiques ( PAR dans le cadre du syndrome de Caplan-Colinet, sclérodernie). La silice est aussi reconnue comme cancérigène certain (classe 1) dans la classification du CIRC, responsable de cancers bronchopulmonaires.
Mais, l'exposition aux poussières siliceuses et de marbre est réduite du fait du travail à l'humide. Cette activité à l'eau impose la présence de rigoles sous chaque machine. Malgré cela, l'eau est partout, ce qui motive le port de bottes et de tabliers imperméables. Les conditions de travail sont particulièrement difficiles l'hiver. Les marbriers souffrent d'engelures aux pieds et aux mains.
Par l'utilisation de polisseuse à main, les marbriers peuvent présenter des troubles angioneurotoniques de la main, comme le phénomène de Raynaud.
Ils sont aussi exposés au bruit. Les polisseuses mais surtout les engins de découpe et de sciage sont des machines bruyantes. La machine à fil diamanté peut atteindre des niveaux sonores de 85-90 dB. L'utilisation de la soufflette pour enlever l'eau lors du polissage, est une source d'exposition aux bruits impulsionnels. Ils doivent donc porter des protections auditives individuelles.
Actuellement, grâce aux aides mécaniques et aux automates, les affections du rachis lombaire sont plus rares. Seuls les anciens marbriers ayant connu l'époque où le travail était fait manuellement, souffrent de pathologies dégénératrices du rachis associées ou non à la présence de hernie discale.

10. Les poseurs de monuments funéraires

10.1 Description des différentes activités des poseurs

Les poseurs de monuments funéraires ont différentes activités :

Pose de caveau : Les caveaux sont actuellement le plus souvent des cuves préfabriquées en béton vibré, posées les unes sur les autres, scellées par du ciment. Il faut une journée pour monter un caveau préfabriqué, avec des aides mécaniques.
Pour installer le caveau, il faut d'abord creuser une fosse dans la terre, à l'aide d'une minipelle ou d'une araignée. Parfois, le creusement se fait à la pelle quand la configuration du terrain et l'emplacement ne permettent pas l'utilisation d'engins mécaniques. La profondeur du caveau peut varier de 1,40m à 1,5m pour un caveau de 2 places à 2,80m pour un de 4 places. Parfois, la nature du terrain fait que l'utilisation des marteaux-piqueurs est nécessaire, les premiers 50cm de terre pouvant recouvrir un terrain entièrement caillouteux. Lorsque la fosse a été creusée avec un engin mécanique, il faut quand même descendre dans celle-ci pour égaliser les parois et le fond, à la fourche et à la pelle. Dans les cimetières où le camion peut s'approcher de la fosse, les déblais provenant du creusement peuvent être transportés dans une chenillette jusqu'au camion. La terre peut aussi être récupérée à la pelle, mise dans une brouette avant d'être déversée dans le camion grâce à une passerelle en bois. Quand les parois sont droites et le fond à niveau, les cuves peuvent être posées. Les différents éléments sont scellés entre eux avec du ciment. Le poseur nettoie ensuite le caveau avec de l'eau claire et une éponge avant de poser le couvre-caveau, et les espaces vides sont comblés avec de la terre.

Lorsque le montage d'un caveau doit se faire à l'endroit d'une sépulture déjà existante, les poseurs doivent faire une exhumation. Ils enlèvent le maximum de terre la veille pour ne laisser que 10 à 15 cm. Le jour de l'exhumation, ils enlèvent le restant de terre, devant un membre de la famille ou son représentant, et un commissaire de police ou un représentant de la mairie, puis ils lèvent le corps. C'est à dire qu'ils sortent le cercueil et l'ouvrent. Dans le cas où seuls les os perdurent, ceux-ci les récupèrent pour les mettre dans un ossuaire ou à coté du caveau dans la terre. Si l'exhumation est impossible, il faut placer le cercueil dans un caveau provisoire ou dans l'église, le temps de faire le caveau prévu, après accord de la mairie. Lorsque l'exhumation a eu lieu, le travail de creusement peut commencer. Cette fonction de leur travail est la plus difficile à supporter.

Pose de monument funéraire : Le déchargement et le transport des éléments peuvent se faire jusqu'à l'emplacement de la sépulture, soit à l'aide du bras de levage du camion-grue, soit avec un chariot, selon la place disponible dans le cimetière. Il faut adapter le transport et la pose en fonction de l'emplacement et apporter tous les outils nécessaires : cales, coins et rouleaux en bois, barre de pose, seau d'eau, sac de ciment et pistolet de silicone. L'ensemble d'un monument repose sur une semelle soit en béton, soit en granit. Dans ce dernier cas, la semelle est constituée de 4 éléments dont la cohésion se fait grâce à l'utilisation d'équerres et de vis à chaque angle. Du ciment à prise rapide est posé de chaque côté des équerres pour le scellement de la semelle. Ensuite, vient la pose du monument funéraire proprement dit. Il est constitué au minimum de 2 parpaings longs de 2m pesant chacun de 100 à 150kg, de 2 parpaings courts de 80cm pesant chacun de 50 à 70kg, d'une tombale et d'une stèle (9). Peuvent aussi être intégrés un prie-Dieu, une base et un closoir. L'ensemble des éléments pèse de 500kg à 1500kg. Il peut arriver qu'un ensemble funéraire particulièrement imposant pèse jusqu'à 3 tonnes. Si les conditions sont idéales, le monument est amené à l'emplacement désigné grâce à des sangles passées sous chaque pièce et accrochées à la grue du camion. Si cela est impossible, les différents éléments sont amenés sur un chariot; la tombale et la stèle peuvent être roulées sur des rouleaux de bois, parfois sur la tranche lorsque l'accès à la sépulture est très restreint. Chaque élément est d'abord posé sur des cales en bois pour ensuite être soulevé avec une barre de pose avant d'être installé à sa place définitive. La barre de pose permet aussi d'ajuster le placement des différentes parties et de les mettre à bon niveau. Sans cesse, sont contrôlés l'alignement, le niveau. Les parpaings, le prie-Dieu, le closoir sont fixés entre eux par des équerres. Les petits parpaings sont scellés sur la semelle avec du ciment. La base et la tombale sont accolées après application de silicone. La stèle garde une position stable sur la tombale ou la base grâce à un goujon. Enfin, quand le monument est en place, un joint en silicone de la couleur de celui-ci est mis avec un pistolet entre chaque partie.

Dépose ou démontage de monuments funéraires : Les poseurs sont amenés à déposer un monument funéraire pour plusieurs raisons : pour le remplacer par un neuf, lorsqu'une inhumation est prévue, lors d'une exhumation. Pour la dépose des différents éléments, il faut d'abord casser les joints en ciment ou en silicone. Il faut soulever la tombale au moyen de coins en bois et de la barre de pose métallique, ceci afin de faire passer sous celle ci un rouleau de bois. La tombale est déplacée en la faisant avancer sur des rouleaux de bois. Les autres parties du monument sont descellées et enlevées une à une. Selon la difficulté, la dépose d'un monument peut durer 1H à 5H.

Entretien des sépultures : Les poseurs sont en effet le plus souvent responsables de l'entretien des sépultures, les familles étant absentes ou éloignées. Le nettoyage des monuments polis est fait simplement avec de l'eau savonneuse. Par contre, le nettoyage des anciens monuments se fait avec de l'acide chlorhydrique. Dans ce cas, il faut protéger les monuments mitoyens et c'est avec un équipement complet de protection individuelle, que l'application d'acide chlorhydrique se fait par petites touches à la brosse. Les poseurs peuvent aussi rénover des monuments en appliquant de la peinture mouchetée qu'ils projettent manuellement, avec un pinceau ou une balayette. Il faut un certain doigté pour obtenir un résultat homogène.

10.2 Risques professionnels des poseurs

Les exigences de cette profession sont importantes, puisque la charge physique est plutôt lourde, le travail se fait en toutes positions et il faut posséder une certaine dextérité manuelle pour l'accomplir. L'étude de l'astreinte cardiaque lors de la pose et de la dépose de monuments funéraires faite par Calmus (9), montre que les opérations de levier n'ont pas un coût cardiaque important. Tous les travaux s'effectuant à genoux ou en position penchée en avant entraînent des augmentations de la fréquence cardiaque identiques aux opérations de levier mais qui interviennent beaucoup dans le coût cardiaque global car elles sont prolongées.
Les risques de blessures sont importants (écrasements de pieds et de mains) et surtout lombalgies d'effort. Dans les cimetières, où les aides mécaniques restent souvent inutilisables en raison du manque de place, les poseurs doivent parfaitement maîtriser les outils. Par exemple, l'utilisation de la barre de pose en tant que levier ainsi que des rouleaux en bois leur permet de déplacer des charges importantes en diminuant considérablement les forces à appliquer. Ils doivent s'entendre pour partager et coordonner leurs activités afin de réaliser le travail en réduisant les forces musculaires et l'astreinte cardiaque (9). Le travail en binôme trouve là toute sa justification.

Par le contact avec du ciment, ils sont exposés aux risques d'allergies cutanées. Le risque de brûlures existe lors de l'utilisation de l'acide chlorhydrique.

Mais n'oublions pas que, tout comme les fossoyeurs, ils font des exhumations. Ils manipulent donc des corps en voie de décomposition. De part cette activité, ils sont exposés aux risques bactériologiques, et de transmission de pathologies infectieuses. Bien sûr comme les fossoyeurs, ils revêtent combinaison jetable, gants spéciaux, bottes et masque, lors des interventions. Leurs vaccinations doivent donc être à jour (DT polio et hépatite B).

11. Les graveurs de monuments funéraires
11.1. Description de l'activité d'un graveur

Il existe maintenant deux techniques pour la gravure des monuments funéraires : la gravure au jet de sable et la gravure manuelle ; cette dernière devenant de plus en plus rare.

Graveur au jet de sable : Dans ce cas, la préparation des caractères à graver se fait grâce à un logiciel informatique. Les caractères sont dessinés sur un stencil, lequel sera collé sur le granit, permettant son utilisation comme un pochoir. Avant de coller le stencil sur le granit, il faut d'abord bien nettoyer la pièce en utilisant un diluant contenant du toluène,ou en frottant avec un os de seiche ou une pierre ponce.
La sableuse, le compresseur sont amenés à proximité du poste de travail. Avant de commencer la gravure, il faut vérifier l'absence d'erreur. La gravure au jet de sable se fait grâce à un pistolet muni d'une gâchette, à une pression de 7 bars, le graveur installé à une distance de 15 à 20 cm de l'élément à graver. Il porte évidemment une cagoule à légère adduction d'air, pendant le sablage. L'abrasif utilisé contient plus de 5% de bioxyde de silicium. La régularité de la gravure est importante donc le graveur surveille constamment la profondeur des caractères gravés rien qu'au toucher. Le temps de gravure dépend du type de granit (plus le grain est serré, plus la gravure sera longue), et du nombre de caractères. En général, pour un élément, il faut compter 15 à 30 minutes. Un graveur au jet de sable peut graver quotidiennement 100 à 200 caractères, alors qu'un graveur manuel peut graver 60 à 80 caractères.
Après la gravure, le stencil est décollé avec une spatule, puis l'élément de granit est brossé pour permettre l'application de la peinture. La peinture est le plus fréquemment dorée, appliquée en deux couches à quelques heures d'intervalle avant le dépôt des feuilles d'or avec un pinceau ressemblant à une houppe à poudre de riz. La peinture mise avant la feuille d'or permet l'accrochage de celle-ci. Il faut compter une feuille d'or pour quatre lettres à peu près.
Le surplus de peinture est ensuite enlevé avec un chiffon, rapidement après l'application.

Graveur manuel : Pour graver à la main, il faut dessiner les lettres et les chiffres sur des portées à l'aide d'un crayon gras et d'équerres d'angles différents. Le centrage des lettres est très important. Il faut aussi vérifier l'absence de fautes d'orthographe des noms ou des dates inscrites, car une erreur dans la gravure impose un nouveau polissage du monument. Avec une pointe en diamant, les traits rectilignes des lettres et des chiffres sont rayés. Ceci sert d'amorce à la gravure. Celle-ci se fait soit avec un ciseau ou gravelet et une massette, soit de plus en plus souvent avec un pistolet pneumatique. Elle se pratique par petites touches, en commençant par les traits rectilignes, puis les courbes et les empâtements. Le gravelet est coincé entre le quatrième et le cinquième doigt, ce qui permet une bonne prise et une bonne appréciation du travail fait (l'utilisation fréquente du gravelet entraîne l'apparition d'une bursite du cinquième doigt).
Le graveur manuel peut aussi réaliser des motifs variés (personnages, fleurs...) qui sont ensuite peints avec des peintures acryliques. Par la méthode du rechampissage, il peint des caractères sur des monuments anciens ou neufs. C'est une façon de peindre les lettres et les chiffres qui est longue et délicate, car elle demande un doigté fin et extrêmement précis.

11.2 Risques professionnels des graveurs

Le risque majeur des graveurs est l'apparition d'une pneumoconiose. Ils sont en effet fortement exposés à la silice. Le graveur au jet de sable utilise un abrasif contenant plus de 5% de silice libre pour graver le granit, mais il porte une cagoule à légère adduction d'air. Cette protection est-elle réellement efficace ? Le graveur manuel doit se positionner à une distance rapprochée soit 10-20 cm de la pièce à ouvrager, de façon à voit correctement son travail. Il porte des lunettes de protection pour éviter les projections oculaires de particules de granit, mais il ne porte pas de masque. Le port d'une protection respiratoire est pour lui une gêne, car il souffle régulièrement sur la gravure qu'il est en train d'effectuer. Son activité l'expose donc plus aux poussières siliceuses que le graveur au jet de sable portant une protection respiratoire. Le travail du marbre, moins fréquent, l'expose aussi au risque de pneumoconiose. Les poussières de marbre peuvent induire des pathologies moins sévères que la silice mais elles réalisent un tatouage pulmonaire.

Une autre pathologie professionnelle peut apparaître avec l'utilisation d'outils pneumatiques. Les graveurs ne sont pas à l'abri d'affections ostéoarticulaires du membre supérieur provoquées par les vibrations.

Le graveur au jet de sable est soumis au bruit avec l'utilisation d'un compresseur mobile.

Ce dernier est aussi exposé aux solvants par l'utilisation de toluène, avec le risque de voir apparaître des dermites et une symptomatologie entrant dans le cadre du syndrome psycho-organique. L'utilisation du toluène est quand même minime et se fait toujours à l'air libre, donc le risque de pathologies par inhalation semble peu important.

L'activité de gravure en atelier permet aux graveurs de s'installer correctement, toujours en position assise. Mais, lorsqu'une partie d'un monument doit être gravée dans un cimetière, il faut parfois être contorsionniste pour s'acquitter de son travail. Dans ce cas, ils gravent dans n'importe quelle position, la tête en bas et le tronc penché en avant, allongé sur le côté ou à plat ventre. Ces positions non ergonomiques peuvent engendrer des pathologies ostéoarticulaires aiguës (dorsolombalgies, cervicalgies, scapulalgies ...). En atelier, le graveur est installé bien en face et à hauteur de la partie à graver. Cette activité nécessite une mobilisation constante de l'épaule verticalement ce qui peut occasionner des pathologies rhumatologiques de cette articulation, comme des tendinopathies.

12. Conclusion

Ce travail n'est qu'un simple aperçu du monde du funéraire, un monde dont on parle peu. Néanmoins on peut conclure qu'il existe des critères de comportement et des risques professionnels communs.

En effet, tout en gérant la charge émotionnelle, caractéristique commune de presque tous, ils doivent être des professionnels respectueux, très consciencieux. Un comportement emprunt de tact et de discrétion est le garant de bons rapports avec les familles en deuil. Mais pour exercer leur métier correctement, ils doivent posséder un bon équilibre psychologique, car ce travail quotidien au contact de la mort peut contribuer à l'apparition d'un épuisement émotionnel. La charge psychique est difficile à quantifier. En général ces professionnels parlent peu de souffrance morale, mais obligatoirement elle existe. Ils restent très discrets sur leurs sentiments.
Peu de ces professionnels ont, en fin de compte, la possibilité d'avoir recours à une aide psychologique. Ne faudrait-il pas la généraliser à l'ensemble de cette corporation?

L'autre caractéristique commune de ces professionnels, hormis les marbriers, les graveurs, les conservateurs de cimetière et le personnel du crématorium, est l'exposition à des degrés divers à un risque biologique potentiel. Car ils sont en contact avec des personnes décédées. Toutes les précautions de protection individuelle doivent être prises, en insistant sur le port impératif de gants, d'autant plus que certains n'ont pas du tout conscience des risques encourus. On pense bien sûr aux obligations vaccinales (BCG, DTPolio, Hépatite B) pour les thanatopracteurs, les fossoyeurs, les porteurs, les agents de la Maison funéraire. Mais pense t'on qu'un assistant funéraire peut être polyvalent, de par ce fait, être en contact avec des corps? De même, la pratique des exhumations par les poseurs de monuments funéraires est une notion peu connue. La charge physique de leur métier est évidente, mais imagine t'on le risque bactériologique et la charge psychologique qu'ils ont en commun avec les fossoyeurs?

Du fait de la manutention des corps ou des monuments funéraires, mais aussi du fait des positions de travail non ergonomiques qu'ils ont parfois, ils sont tous exposés (sauf les conservateurs de cimetière et le personnel du crématorium) aux risques de pathologies rachidiennes et ostéoarticulaires. Sans enquête épidémiologique, il est impossible de se rendre compte de la fréquence de ces affections qui peuvent être aiguës ou chroniques.
D'un autre côté, avons nous une autre technique de portage à proposer aux porteurs? Seuls les marbriers et les poseurs de monuments funéraires bénéficient de la mécanisation. Mais l'utilisation des camions grue, des chenillettes et des mini-pelleteuses n'est pas toujours possible à cause de l'agencement des cimetières.

Des risques chimiques existent aussi. Les thanatopracteurs utilisent des solutions de formaldéhyde et de méthanol pour les soins de conservation. Les produits de thanatopraxie sont injectés à l'aide d'une pompe électrique et le contact éventuel avec le formaldéhyde ne semble exister qu'au moment du remplissage des poches. Une évaluation réelle de cette exposition serait intéressante par la mesure dans l'atmosphère du formol.
D'autre part, les fossoyeurs et les poseurs de monuments funéraires sont exposés au moment des exhumations aux gaz de putréfaction. Le risque d'intoxication par les mercaptans, l'ammoniac, l'hydrogène sulfuré, le dioxyde de carbone et la triméthylamine est-il réel? La mesure de ceux-ci au moment de l'ouverture d'une fosse et d'un cercueil permettrait de quantifier le niveau d'exposition à ces toxiques. Une enquête épidémiologique auprès de ces professionnels, sur l'apparition de signes irritatifs ou allergiques respiratoires, de troubles psycho-organiques, permettrait de connaître le retentissement effectif de ces gaz sur leur santé.

Un risque professionnel particulier est celui de la silice chez les graveurs, car leur travail se fait à sec contrairement aux marbriers. Les graveurs connaissent la possibilité de survenue d'une silicose du fait de leur activité professionnelle. Malgré cela, la protection respiratoire du graveur manuel est inexistante. N'y aurait-il pas un moyen de le protéger efficacement sans le gêner dans son activité?

Du fait de l'exposition à des agents biologiques, à des substances probablement cancérogènes pour l'homme (formaldéhyde), à la silice, bon nombre d'entre eux doit être soumis à une surveillance médicale particulière. Est-elle effective?

Finalement, on se rend compte que ce panorama des différents métiers du funéraire soulève de nombreux points de réflexion. Différents aspects de ces professions ne sont pas connus. Cela pourrait être le point de départ d'enquêtes et d'études en réseau.

L'activité extra-clinique du médecin du travail se limite souvent à la visite des agences de pompes funèbres, des chantiers, des centres d'exploitation, et peu des professionnels rencontrés avaient eu la visite de ce dernier. Il existe une difficulté d'observation de ces spécialistes. En effet, aller voir travailler un porteur, un fossoyeur, un thanatopracteur n'est pas toujours aisé. Par décence aussi, on ne peut être présent partout. Néanmoins, il est enrichissant de partager un peu de notre temps avec eux.

BIBLIOGRAPHIE

Dernière mise à jour de la page : 27/06/06